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Les Blue Mountains près de Sydney, en Australie



Je suis rentrée de voyage, et alors que j’ai pris de nombreuses photos, elles s’accumulent sur mon disque dur et je ne les partage pas.
Je me pose alors la question « ai-je vraiment envie de les partager ? » « pourquoi en ai-je envie ? » ou « pourquoi n’en ai-je finalement pas envie ? ». Mais au fait, « pourquoi je prends des photos ? » et « prendre des photos mais ne pas les partager, à quoi ça sert de nos jours ? Que faire des photos ? ».

Il y a plusieurs raisons à cela.
Tout d’abord, poster des photos signifie se mettre sur l’ordi, les trier, les retoucher, les exporter.
Surtout que n’étant pas pro, je fais beaucoup d’essais et je peux me retrouver avec beaucoup de photos du même endroit à devoir ensuite trier.

J’aurais pu prendre du temps chaque soir pour faire ce travail sur les photos du jour, mais ça m’aurait pris pas mal de temps, au moins 1h par jour, si ce n’est plus (et oui c’est long !).
Je n’en avais pas envie.
Je préférais discuter avec Axel, lire un bon livre, écrire dans mon journal… Je n’avais pas envie de m’astreindre à cette discipline.
C’est donc bien que partager ces photos n’était pas si important pour moi sinon je l’aurais fait.

Une autre raison, un peu bizarre et qui ne m’avait pas sauté aux yeux : je voulais garder tout cela pour moi, égoïstement.
Je crois qu’inconsciemment je me disais que je devais protéger ce que je vivais, le garder bien précieusement pour moi, et que le partager le dénaturerait.
Et je pense que c’est en partie vrai car il est possible qu’à force j’eus voulu prendre des photos juste pour les partager, et non pas pour moi.
Et d’ailleurs, les partager sur Instagram pour quoi ? Pour me faire mousser, montrer comme j’ai de la chance, et « inspirer » les autres ? Non, très peu pour moi.

En me posant ces questions je me suis rendu compte que j’adorais prendre des photos, en prendre plusieurs (beaucoup trop en fait !) jusqu’à trouver le bon angle de vue, changer les réglages (je ne suis pas experte donc ça prend plusieurs essais, et j’adore ça !).
En fait c’est en prenant les photos elles-mêmes que je prends le plus de plaisir, en étant là, en appuyant sur le déclencheur.
Pour autant, revoir mes photos me procure également une grande joie, d’où vient-elle ?

Ce qui me plait, c’est le souvenir lié à ces photos, ce qu’elles évoquent, plus que l’esthétisme de la photo et du lieu.
C’est le souvenir qui me met en joie.

Je me suis alors rendue compte que ces photos représentaient pour moi des souvenirs et que c’était pour ça que je les aimais.
Je n’ai pas du tout envie de poster les mêmes photos que tout le monde parce que les lieux sont magnifiques et qu’aujourd’hui la « mode » est à « inspirer » ou bien à vouloir montrer la vie parfaite que l’on a.

Depuis que nous sommes rentrés, la question qui revient le plus est « quel endroit avez-vous préféré ? ».
Je suis bien incapable de répondre à cette question car ce ne sont pas les lieux en eux-mêmes qui font que je les ai aimés mais ce qu’on y a vécu.
Donc y répondre ne vous aidera pas si vous prévoyez de vous rendre dans les mêmes pays que nous.
Ce sont tous ces moments qui font que j’ai préféré un lieu plutôt qu’un autre, la météo et les conditions générales aussi jouent beaucoup.

Parmi ces souvenirs se trouvent par exemple la fois où nous sommes arrivés très tôt sur le spot de camping du soir et qu’on a pu cuisiner un peu plus longuement et prévoir pour le lendemain midi (cuisiner me manquait 🙂 ).
La fois où Axel a trouvé un spot pour dormir sur la plage sans personne autour car le lieu n’était pas référencé (mais bien légal et autorisé !).
La fois où on a attendu 1h et qu’on a finalement vu un manchot sortir de l’eau.
Le soir où nous sommes arrivés de nuit et qu’on a découvert le paysage magnifique au matin.
Vous avez compris l’idée… 🙂

Et à l’opposé, la rando Alpine Crossing au Tongariro était LE truc que je voulais voir en Nouvelle-Zélande.
Pour des raisons de météo cette rando est arrivée à la fin de notre voyage.
Résultat : un monde pas possible, le lieu est dénaturé par le nombre de personnes présentes qui ont en plus choisi une rando bien trop difficile pour eux…
Au final même si ces lacs volcaniques sont magnifiques, j’avais déjà vécu et vu bien plus beau en Nouvelle-Zélande.
Alors oui j’ai pris quelques photos, mais elles n’ont rien d’exceptionnel comparé à toutes celles que vous pouvez déjà trouver du lieu.
C’est pour cela qu’au final les endroits les plus beaux et les plus prisés ne font pas partie de mes plus belles photos ni de mes meilleurs souvenirs, trop de monde.

Et justement, toutes ces photos de ces mêmes lieux favorisent le tourisme… de masse.
Si bien qu’il est impossible de faire la même photo sans personne dessus ou pire, cela contribue à se retrouver au milieu d’une foule venue prendre la même photo, sans vivre l’expérience du moment présent.
Ce que j’aime en rando c’est profiter du moment, du calme, des paysages. Pouvoir constater l’immensité des montagnes, des volcans, des lacs, des rivières… me sentir toute petite face aux éléments.
Difficile de ressentir cela au milieu de la foule.
En bref, je prends des photos pour capturer un souvenir, un moment, les graver de façon plus tangible que dans ma mémoire.

Je voulais même écrire des articles sur mon voyage mais à quoi bon ? Pour qu’encore plus de personnes aillent aux mêmes endroits ? Du genre « top 10 sur l’île du sud en Nouvelle-Zélande », non merci.
Il en existe pléthore et grande nouvelle : même si ces endroits sont beaux, ce sont ceux où vont tous les touristes, surtout ceux qui sont pressés par le temps. Il existe en réalité des endroits tout aussi beaux, en dehors de l’itinéraire classique, encore faut-il avoir le temps de faire des détours.
Plusieurs fois nous avons pris sur des kilomètres une « gravel road » (route non goudronnée), pour ensuite la reprendre dans l’autre sens, juste pour se promener et avoir un autre point de vue sur les lacs que le parking où tout le monde s’arrête.
Et justement des articles du genre « les endroits méconnus de la Nouvelle-Zélande » ou « endroits sans touristes en Nouvelle-Zélande » ne seraient-ils pas pire ? Voir des endroits préservés du tourisme se retrouver envahis, dénaturés voire défigurés ? Non pas que j’aie la prétention d’avoir au audience conséquente…
Mais je ne peux pas participer à quelque chose que je déplore. C’est un peu le colibri, mais dans l’autre sens, ce n’est pas parce que moi, je partage des articles et des photos sur mon blog que le tourisme va exploser dans tel lieu, c’est la multiplication des articles et des photos qui entraine cela et je ne veux pas y être liée.

Mes plus belles photos sont en fait les photos des meilleurs moments que j’ai passés.
Chaque photo est liée à un souvenir, une anecdote, je ne veux pas juste partager des photos, comme un catalogue.
Mes plus beaux souvenirs sont les moments non planifiés, les découvertes faites au hasard, quand je suis seule ou bien accompagnée pour apprécier la beauté de la nature.
Sans une horde de touristes qui fait la queue pour une photo…

Je suis loin d’être une photographe puisqu’une des règles en photographie est la patience, l’observation et la planification.
Tout le contraire de ce que je fais puisque je ne repère pas un lieu en avance pour y revenir au lever ou au coucher du soleil, je ne reste pas des heures avec un trépied (que je n’ai utilisé que pour tenter de prendre en photo la voie lactée).
Non, je capture ce que je vois au moment T.
Tant pis si les conditions auraient pu être meilleures, je capture ce que je vois, je ne cherche pas à faire des photos pour faire de belles photos.
Je cherche simplement à documenter ma vie, garder une trace, des souvenirs.

Bien sûr, moi aussi j’ai fait l’erreur de me rendre dans des endroits car les photos que j’en avais vues étaient magnifiques. Je crois que l’on s’identifie un peu aux photos des autres sur Instagram.
On voit de la vie des autres ce qu’ils veulent bien nous montrer, même si ça leur a pris de nombreux essais et des heures pour prendre LA photo.
On se dit qu’en allant au même endroit, en faisant nous aussi cette photo, on aura leur vie, on sera aussi heureux qu’eux. Vous devez vous dire que ça n’est pas vrai du tout mais je crois que si, inconsciemment c’est ce que l’on s’imagine.
Faire des kilomètres pour se retrouver au milieu de tous ces gens ne vaut pas le coup. Et puis vous louperez le plaisir de découvrir des endroits par vous-même, de rencontrer du monde, de découvrir une culture.
Tout cela dénature l’expérience d’apprécier l’endroit paisiblement, en silence, seule face au paysage, face à soi-même.
Un paysage ne s’apprécie pas qu’avec la vue, ni même qu’avec les sens, mais avec les émotions, le cœur.
Une photo n’est qu’une représentation visuelle de l’instant mais ne peut en aucun cas retranscrire toutes les dimensions de l’instant.
Ce tourisme en « pilote automatique » m’a le plus frappé à Bali, un endroit où justement ce ne sont pas les photos et les paysages qui comptent, mais l’atmosphère et l’authenticité des personnes.

Je vais donc partager mes photos, à mon rythme, en les choisissant soigneusement et accompagnées du souvenir associé.
Elles seront sûrement dans le désordre, les endroits totalement mélangés…
Vous l’avez compris, je vois les photos comme un support au souvenir, un témoin, et non pas comme une photo en elle-même. Même si Instagram fait effectivement la part belle aux photos.
Il ne s’agira peut être pas des plus belles photos ni des plus beaux endroits, mais c’est ce que j’ai envie de partager, c’est ce que je retiens de mon voyage.
Et je ne partagerai pas le nom ou la localisation exacts de l’endroit car à quoi bon ? Vous voulez vraiment aller dans les mêmes endroits que moi et y vivre les mêmes choses ? Ça m’étonnerait !

Une fois tout ce travail fait, j’en ferai un album, en notant soigneusement à côté de chaque photo, le moment marquant qui s’y rapporte 🙂

Et justement, pour connaître l’histoire de la photo de cet article, rendez-vous sur Instagram 😉

Et vous quel est votre rapport aux photos, aux voyages ? Aimez-vous suivre des comptes Instagram sur le voyage ?

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